We need to talk: Damien Moulierac
À travers une démarche centrée sur la mémoire, Damien Moulierac puise dans ses souvenirs et construit ses propres réminiscences en confrontant son moi passé à son moi présent. La mort de son père, victime de la maladie d'Alzheimer et disparu « d'oubli », a fait naître en lui un besoin urgent de créer et d'explorer l'érosion de la mémoire. Cette conversation que l'artiste entretient avec lui-même et avec celui qui n'est plus a débouché sur un appel au dialogue et sur le titre de l'exposition, We need to talk.
Dans sa sculpture Je Quitte, genèse psychanalytique de l'exposition, Damien Moulierac affronte son père, l'invoque, et finit par le laisser partir pour trouver sa propre identité. Derrière le visage brisé du père émerge celui du fils, tourné vers l'extérieur. Cet assemblage réunit les générations en une seule image et met en scène l'effondrement et le renouveau de la mémoire à travers le souvenir recréé.
Ce deuil pousse Damien Moulierac face à son reflet, face à face avec son moi plus jeune. Une photographie de l'artiste enfant, un oiseau posé sur l'épaule, fait office à la fois d'ancrage et d'obsession. L'oiseau incarne une conscience, une figure tutélaire. Pourtant, dans la mémoire de Damien, l'oiseau s'envole. Cet acte de remémoration, fragmenté, déformé, reconstruit,devient un symbole d'absence et de départ.
L'univers visuel de l'artiste oscille entre le vif, le reconstruit et l'oublié. Le temps ne se déroule pas de façon linéaire mais comme un vortex de souvenirs, tantôt perdus, tantôt retrouvés. Chaque œuvre fonctionne comme un miroir reflétant des fragments du passé, d'un état d'innocence et de vulnérabilité. Elles disent ce qui ne pouvait être exprimé auparavant et opèrent une libération du poids d'un héritage tu.
Le travail de Damien Moulierac n'est pas seulement esthétique mais aussi rituel, un rituel de libération psychologique, un effort pour affronter ce qui demeure et reste non résolu. Cette exposition recrée l'espace intime du dialogue propre à une séance de psychanalyse. Il s'agit de catharsis et d'exorcisme, d'une tentative d'auto-guérison. Le processus de deuil et de réconciliation est enclenché, procédant par essais et erreurs, comme le bilan d'un parcours thérapeutique encore en cours. Cette démarche profondément authentique projette l'intimité de l'artiste sur les murs sans compromis, sans voiler ses faiblesses ni ses zones inexpliquées. L'artiste cherche, tantôt aveugle, tantôt prophète de sa propre psyché, et accepte de ne pas comprendre ce qu'il cherche. Damien n'est certain que d'une chose : son besoin presque médiumnique de chercher.
We Need to Talk nous plonge dans une conversation avec notre enfance persistante, celle que nous nous efforçons d'arracher à l'oubli, et avec la mémoire elle-même. Damien Moulierac utilise la nostalgie non seulement comme une cristallisation de la mémoire, mais aussi comme un outil d'investigation, dont l'exploration visuelle révèle des indices psychologiques dans cette quête de soi. Ces œuvres sont à la fois une manière de retrouver des souvenirs perdus et un cheminement vers une nouvelle version de soi-même.
Aleph Molinari & Antoine Bouffard
-
Damien Moulierac, Je quitte, 2025 -
Damien Moulierac, L'Enfant et l'Oiseau, 2025 - 2026 -
Damien Moulierac, Le Départ, 2025 - 2026 -
Damien Moulierac, L'Enfant à l'Oiseau, 2025 - 2026
-
Damien Moulierac, Damien, 2025 -
Damien Moulierac, We need to talk, 2025 - 2026 -
Damien Moulierac, L'Enfant et l'Oiseau, 2025 - 2026 -
Damien Moulierac, Portrait, 2025 - 2026
-
Damien Moulierac, Paysage I, 2026 -
Damien Moulierac, Paysage II, 2026 -
Damien Moulierac, Pigeon, 2019 -
Damien Moulierac, Pigeon II, 2019
-
Damien Moulierac, Ballon mou, 2017 -
Damien Moulierac, Avion, 2017 -
Damien Moulierac, Fleur #1 (de l'installation Les Maux d'amour), 2023 - 2026 -
Damien Moulierac, Le ballon brûlera, 2021 - 2024
-
We need to talk, 2026, Galerie Womanray, Paris, France. © Soyinka Gudin
-
We need to talk, 2026, Galerie Womanray, Paris, France. © Soyinka Gudin
-
We need to talk, 2026, Galerie Womanray, Paris, France. © Soyinka Gudin
-
We need to talk, 2026, Galerie Womanray, Paris, France. © Soyinka Gudin

